AMERE VICTOIRE (5)

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L’après-midi, prétextant une maladie imaginaire,

Nous fîmes sans joie l’école buissonnière.

C’était urgent ! Elle devait me parler.

Tout m’expliquer,

Ce tout, qu’elle n’aurait jamais pu imaginer.


C’est dans le parc au nom princier : Lalla-Aïcha,

Que telles des fugitives, les sens aux abois,

Nous nous étions réfugiées derrière une haie

Où un indiscret caméléon nous espionnait.

Là, à plat ventre sur un tapis de fraiche verdure,

Fouzia, en sanglotant, mit à nu son cœur torture.

 

Commença alors un monologue infernal

Psalmodié d’une voix faible, sépulcrale :

 

—  Mon père a subitement décidé de me marier !

La chrysalide en un joli papillon s’étant transformée,
Il est temps pour lui de me vendre, de me monnayer,

Avant que, comme ma tante, je ne prenne l’élan de la liberté.

Je l’ai humblement, longuement supplié,

J’ai essayé avec fougue, avec douceur de parlementer,

Cherché désespérément un appui auprès mes siens,

Osé interpeller les amis ainsi que les voisins.

Mais tous par crainte ou indifférence, comme mes frères

Se tinrent cois devant la détermination du pater.


Après une interminable aspiration,

Sa voix reprit son cours avec grande agitation :

 

 — La tradition, que je pensais us et coutumes périmés,

En hydre immonde me rattrapait,

M’affirmait qu’il était pour moi l’heure de convoler,

D’accepter, en bonne fille que j'étais,

L'époux que pour leurs biens on me destinait.

Vois-tu petite sœur ? J’ai compris que mon sort était scellé :

Périr ou plier !

 

J’étais pantoise, terrifiée !

Était-ce science-fiction ou pure réalité ?

............

 

EM De Rodrigue

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