LES LARMES DU DIABLE

Extrait

 

Il pleut sur la ville, ce soir.

Il pleut aussi sur son coeur des larmes de rasoir.

Son esprit se noie dans le gris de la pluie :

Son angélique Ève vient de le chasser du paradis.

 

Adam déchu,

Pleure, désormais, son Éden perdu.

Sans elle, vivre il ne saurait :

Elle était l’air qu’il respirait,

L’étoile qui le guidait dans la nuit,

Le soleil et son astre de minuit,

Son espoir, sa rêverie,

Elle était tout simplement son univers, son infini.

 

Par l’amour abandonné,

Maintenant il erre, à la solitude condamné.

Il veut périr,

Sous une dalle, son chagrin ensevelir.

La pluie s’est arrêtée de gifler les carreaux.

Il pense intensément à elle, les yeux mi-clos.

La nuit est devenue douce et clémente.

 

Comme par magie, avec les étoiles filantes et la lune scintillante,

Enfin, elle est revenue, son amante !

Elle est là, tout près de lui, souriante,

Avec ses ailes soyeuses déployées pour l’y enfermer,

Son ravageur sourire pour l’ensorceler,

Son visage diaphane frôlant le sien rayonnant,

Son regard dans ses yeux, avec délice, se mirant,

Sa bouche gourmande lui offrant de sulfureux baisers,

Ses longs cils caressant sa joue tel un papillon affolé.

L’effluve de son capiteux parfum sur son torse se lovant,

Exalte ses sens qui deviennent rugissants torrents.

 

Alors, il tend ses mains tremblantes,

Veut plaquer contre lui cette sylphide exubérante,

Pour s’enivrer des courbes exquises de sa femme,

Éteindre dans un râle ce brasier qui le brûle de sa flamme.

Il l’enlace passionnément,

Pose avec émotion sa tête sur son sein émouvant,

Ses doigts s’aventurent sur sa peau avec exaltation,

Ses lèvres lui susurrent des mots défiant la raison.

Il l’aime à en mourir,

De bonheur, il soupire.

Brusquement, elle le repousse violemment,

Le regarde dédaigneusement,

Le toise en ricanant,

S’enfuit…

 

Alors, il crie, blasphème, maudit

L’amour, le ciel, la vie, Elle, Lui,

 

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© EM. De Rodrigue

 

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