CLAIR-OBSCUR

Extrait

« Le tableau et le peintre se séparent quand ils ne sont plus d’aucun secours, l’un pour l’autre. Quand le tableau ne sait plus nourrir le peintre, quand le peintre ne sait plus nourrir sa peinture. »

Christian Bobin

 

L’idylle débuta dès qu’il noya ses yeux dans le lac bleu des siens. Qu’impudiquement avec délice il la dévisagea. Puis qu’avec gourmandise, d’un oeil expert, tout son être, il détailla. Alors avec insistance, il la pria de devenir son modèle. Étonnée et intimidée, elle accepta même si elle pensait qu’elle n’en était pas digne ne faisant pas partie des canons de la beauté.

 

Dès lors le peintre, tels un David ou un Fragonard, avec avidité et art la croqua.

Pour atteindre la perfection, son pinceau rectifiait mille et une fois avec exaltation les courbes de son corps de gracieux félin, le galbe parfait de ses seins, ses mains aux longs doigts si fins. Puis, s’attardait sur l’éclat opale de son visage qu’encadrait une crinière sauvage de boucles mordorées. Avec engouement, il se délectait du bleu Majorelle de ses prunelles à rendre ombrageux tous les cérulés des cieux. Puis, il séjournait avec un geste précis sur le dessin de son énigmatique sourire à la Vinci qui comme un mystère s’esquissait sur sa bouche où s’étiraient deux pétales rosés.

 

L’artiste à la blouse mouchetée d’éclats de peinture par son merveilleux modèle était de plus en plus ensorcelé.

Ébloui par tant de beautés et prenant soin de ne point l’effaroucher, il apprivoisa la vestale Vénus immergée brusquement dans l’océan de sa vie.

Un soir après avoir délaissé le chevalet, dans un élan passionné il couvrit la gorge de la virginale nymphe de sulfureux baisers. Les sens aux abois, dans les bras du maître elle devint femme pour la première fois. La timide muse métamorphosée en amante délurée, les toiles du peintre s’enhardirent d’impudicité et devinrent dans la luxure plus osées !

 

Sur la palette de l’amour, jamais le gris ne venait s’y étaler. Ce n’était que vermillon, carmin, rouge passion qui, comme les tournesols de Van Gogh dans l’Arles ensoleillée, sous la chaleur de leurs baisers fleurissaient.

 

Quand leurs mains comme des lianes s’enchevêtraient pour aller se balader sous les marronniers en fleurs de Renoir, leurs âmes de feux ardents s’irradiaient sous les néons du soir.

Quand le fusain plagiait les nus de Courbet, le maître excité abandonnait le tableau sur l’heure. Alors, le coeur impétueux bouillonnant d’ardeur, il rejoignait son amante alanguie sur le sofa recouvert des nénuphars de Monet pour éperdument l’honorer. 

 

C’était l’osmose parfaite entre le créateur, le modèle, le tableau de l’amour dont les serments et la peinture à l’huile en se siccativant leur promettaient de l’éternité le toujours. 

Mais avec le temps, le coeur du peintre, las du huis clos de leur trio, comme un angelot de Michel-Ange s’envolait dans des rêves étranges.

Et un jour .........

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© M. De Rodrigue

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Petite Fée de Provence (mercredi, 20 avril 2016 15:36)

    Superbe ! dans les tons et les détails tout autant que dans l'expression ou les vêtements de la belle...

    Mille et une bises, Belle OmbreL...