LA PERLE DU SUD

Extrait  (1/3) de l'opus " Poussières de dune".

 

La place Djemaa El Fna est le coeur palpitant de la Cité. C’est une Belle de nuit qui ne fleurit que lorsque le soleil s’est alité dans ses draps bleu-nuit. Dès lors, prise de frénésie, elle s’éveille, se met à vibrer, à s’animer ; ses pétales aux parfums d’Orient enivrant de rêves exaltants une multitude de visages issus de divers horizons.

Le porteur d’eau, coiffé de son extravagant chapeau, propose son frais breuvage. Essaie, avec des coupelles de cuivre qu’il fait tinter, d’appâter l’assoiffé.

Au son du pipeau, le charmeur de serpents réveille le cobra. Puis, le fait danser devant une assistance qui, frémissant d’effroi, recule de quelques pas.

Encerclé par un auditoire enfantin émerveillé, un saltimbanque conte les histoires du passé, un ouistiti espiègle sautillant sur son dos.

À quelques mètres de là, un homme descendu des Hauts Plateaux, le crâne couronné d’un foulard indigo, assis à même le sol, vend la chance enfermée dans de petites fioles. Près de lui, une femme voilée peint méticuleusement au henné des arabesques sur les mains des étrangères qui, avec ce tatouage éphémère, s’imaginent être d’authentiques Berbères.

C’est l’heure de se restaurer !

Les marchands de fruits et légumes présentent leurs étals colorés près des pyramides d’épices rares, sucrées, poivrées.

Pour séduire les papilles du chaland, les gargotiers clament haut et fort la carte de leurs menus succulents :

— Couscous, tagines, gâteaux de miel, thé ! Venez tous chez Aziz, vous vous régalerez !

 

Repas qui, avec emphase, seront servis sur des tables nappées de toiles cirées usées… mais avec un sourire éclatant et sous la toile d’un ciel marine de milliers d’étoiles scintillant.

Près de ces restaurants à ciel ouvert, dont les délicieux fumets parfument l’atmosphère, des musiciens en costumes tribaux font résonner leurs instruments à tous les échos.

Attirés par la musique, des badauds les encerclent, les applaudissent en suivant la rythmique.

De ravissantes gazelles, de gracieuses et belles jeunes filles en fleur, la flèche d’Éros cachée dans le coeur, en jeans délavés ou en longues robes s’échouant sur leurs pieds, se balancent langoureusement tandis que des garçons, de loin, les croquent l’oeil pétillant.

 

Dans la lumière électrique de cet estival soir africain, tout ce patchwork d’humanité bourdonne, se déplace dans un intense brouhaha, comme un essaim.

Nonchalamment, il se promène. Puis s’arrête… tend une main ou, en la posant sur son coeur, salue par un salam, un azul ou un bonjour. Puis, sourit, bavarde, rit. Et, reprend sa route avant que l’aube n’invite le jour.

Parfois, d’aucuns se bousculent par inadvertance ou rêverie, mais sans drame. Sans offenser, ni vociférer, sans faire à l’autre l’injure d’une seule larme.

Et, étrangement, toute cette foule ambulante, toutes ces corporations de diseuses de bonne aventure, de saltimbanques, ajoutées à celles des musiciens, des danseurs, des conteurs… et aussi à quelques rares chapardeurs, accentuent l’impression d’une cour des miracles d’un autre temps.........

 

© M. De Rodrigue

 

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Commentaires: 1
  • #1

    Mony (samedi, 04 juin 2016 15:29)

    Coucou
    Revenue me promener chez toi... Toujours le même plaisir à lire tes mots qui sont musique...
    Bon WE pour toi, au soleil, peut être ? Ici, doux temps de Normandie, sans pluie...