LA PERLE DU SUD

2ème extrait de l'opus " Poussières de dune"

     Pour quelques dirhams la visite du souk, par un adolescent s’exprimant en anglais ou en français, vous est gentiment proposée. Alors, ce petit prince aux chaussures et tee-shirt troués, bien trop souvent chassé par des policiers – car le touriste ne doit pas être importuné par la pauvreté -, fièrement vous guidera dans un dédale de longues et sinueuses ruelles où en une masse compacte et ordonnée se juxtaposent les échoppes des divers corps de métier.

 

   Dans ce labyrinthe bigarré où le plafond de roseaux tressés tamise les lances du soleil le jour et la nuit l’abat-jour lunaire en rais de lumière pailletée, serpente, nonchalamment comme un étroit ruban, une marée humaine convoitant tous les trésors de l’Orient.

 

     Au seuil de leur boutique, les artisans sculptent habilement dans du bois de cèdre, de thuya ou d’olivier des objets d’une incroyable beauté aux lignes épurées.

Perpétuant l’art millénaire, c’est sans répit que l’orfèvre cisèle l’or, l’argent, assis jambes croisées sur un tapis pendant que son voisin, le travailleur sur métal, martèle le cuivre, le fer à une cadence infernale.

     Le babouchier et le maroquinier exposent mules, poufs, sacs, coussins très colorés près d’une boutique embrasée de luminaires en fer forgé.

Tandis que l’odeur du cuir semble s’être emparée de tous les quartiers, accrochés sur les murs peints à la chaux, les tapis aux polychromies aux tons chauds ou aux vives couleurs attendent patiemment de l’amateur l’éventuel coup de coeur. Quelques centimètres plus loin, des plateaux finement ouvragés gisent sur le sol pavé. Leur faisant face, c’est le bal des théières argentées aux cols élancés entourées de leurs jolis verres à thé.

     Soigneusement épinglés sur une porte plagiant le bleu cobalt du Jardin de Majorelle, les djellabas aux galons dorés, les somptueux kaftans tissés dans des étoffes aussi précieuses que la dentelle tendent leurs bras vers les passantes aux amandes de khôl soulignées, aux beautés fascinantes qui caressent en soupirant leurs lourds colliers de pièces dorées.

     Sur les étagères de l’apothicaire, les bocaux d’herbes médicinales, les potions extraordinaires au millimètre près sont alignés. Et, c’est avec un sourire mutin que cet ersatz de pharmacien ou de rebouteux, fort respecté des anciens, essaiera de vous refiler un échantillon de tous les médicaments de son magasin. Pilules pour raviver l’esprit, baumes pour cicatriser les blessures ou les morsures de la vie. Pour une belle chevelure pérenniser, du henné. Pour que les vieilles femmes retrouvent leur grain de peau d’antan, les bienfaits de l’huile d’argan. À l’amoureux au destin tragique, il présentera le philtre d’amour magique qui aliénera à son coeur celui de l’ex-dulcinée, tout en lui prédisant bonheur et félicité. Parfois avec un clin d’oeil malicieux, c’est dans un murmure qu’il déposera au creux de la paume d’un homme mûr, le fameux élixir apte à faire reverdir les sens devenus bien sages avec l’inexorable avancée de l’âge.

   Alors, dans toutes ces petites cavernes d’Ali Baba, entre shorts et djellabas, pour acquérir l’objet de ses désirs – qui ne ruinera nullement l’acheteur et fera du vendeur le bonheur – commencent les interminables palabres du marchandage et cela… pendant des heures.

 

©M. De Rodrigue

 

 

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