LE ROI DÉCHU

 

Face à mon humble mas camarguais,

Dans un pré récemment fauché,

Un cirque a planté son chapiteau de bleu étoilé :

Le Cirque de Paris !

Quel nom prétentieux pour des moyens si petits !

Les caravanes évidemment sont immenses,

Leurs occupants doivent y vivre dans l’opulence,

Mais la ménagerie !

La ménagerie quelle déchéance, quelle vilénie !

 

Les animaux sont maigres, mal entretenus :

Dromadaires déracinés venus des déserts perdus,

Chiens savants, si tristes, si ridiculisés

Qui font la joie des spectateurs, des enfants émerveillés.

Deux ou trois singes qui ne veulent plus faire la grimace

Tant ils pataugent dans la misère, la crasse,

Un cheval blanc malingre à la crinière emmêlée

Qui sur la piste offre la gloire à une écuyère en tutu doré

Et tous, toute la journée, abominablement enfermés

Dans des camions rutilants par le soleil, surchauffés.

Loin de ses congénères, le roi des animaux dans sa cage,

Que l'on trimbale, avec les autres captifs, de villes en villages,

Arraché, de son milieu naturel,

Pour faire de l'argent et oser dire que c'est culturel.

 

Cette nuit encore, avec la pleine lune, j’ai veillé,

Le roi de la savane longuement a pleuré.

Dans une minuscule geôle , incarcéré,

De sa condition inhumaine, il se plaignait.

 

C'est un lion superbe, immense,

Encore musclé, avec des yeux désespérance.

Sa crinière rousse ébouriffée,

Encercle d’une auréole sa gueule aux crocs acérés.

 

À minuit, le fauve s'est mis comme un chat à ronronner.

Puis d'un bond, il s'est levé,

A rugi avec désespoir, férocité.

Et, le regard tourné vers son ciel grillagé,

Il a commencé à pleurer

Tandis que sur ma joue, une larme tombait...

 

© M. De Rodrigue

 

 

 

 

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Commentaires: 3
  • #1

    maryse (samedi, 05 novembre 2016 12:46)

    Un superbe texte comme d'habitude ! L'autre jour dans un coin de Bretagne, un cirque était installé sur la place et j'ai ressenti une pareille tristesse. De celles sûrement qui ressemblent à "leurs" désespoirs...

  • #2

    EM De Rodrigue (dimanche, 06 novembre 2016 11:37)

    Merci Maryse ! C'est effectivement cruel d'enfermer des animaux ivres de liberté !

  • #3

    Jacques Y. (lundi, 29 janvier 2018 01:22)

    "Cette nuit encore, avec la pleine lune, j’ai veillé." L' l'homme a pleuré comme un gamin parce que vous avez eu le pouvoir de l'émouvoir.
    Merci romantique inconnue.
    Jacques